Saint Hippolyte

Histoires...

L'histoire de la petite ville est bien moins connue que celle-ci ne l'est elle-même. Et pourtant, elle est extrêmement curieuse et beaucoup plus variée que ne l'est celle de bon nombre de nos autres petites villes. Elle présente d'emblée une particularité tout à fait remarquable. Saint-Hippolyte qui, géographiquement, appartient incontestablement à l'Alsace, n'en a, politiquement, pas fait partie durant six siècles. En effet, la ville a relevé du Duché de Lorraine depuis le douzième siècle jusqu'au dix-huitième siècle et n'est devenue française qu'en 1766. Mais cette singularité n'est pas la seule qui caractérise l'histoire de Saint-Hippolyte. Il y en a encore qui sont de nature à intéresser l'amateur d'histoire et qui méritent d'être connues. L'histoire de Saint-Hippolyte débute au milieu du huitième siècle. C'est en l'an 774, dans un diplôme émané de Charlemagne, que nous rencontrons la première mention de ce lieu qui porte alors le nom de Andaldovillare. L'ensemble des terres ainsi désignées relevait du patrimoine d'une famille noble d'Alsace, de laquelle était issu saint Fulrade, fils de Riculfe et d'Ermengarde. Plusieurs auteurs admettent même que saint Fulrade est né à Andaldovillare, donc Saint-Hippolyte, tandis que d'autres penchent pour Lièpvre ou Orschwiller. Saint Fulrade entra plus tard dans l'ordre des Bénédictins et devint par la suite abbé de St-Denis, chancelier des rois Pépin, Carloman et Charlemagne et archichapelain de celui-ci. Il fut, à la fois, un prélat distingué et un sage ministre, également honoré de la confiance de ses souverains et des papes.

Vers l'an 760, saint Fulrade fonda, sur ses terres d'Alsace, trois monastères, le plus important à Fulradovilare ou Lièpvre, un autre à Fulradocella ou Ste Croix aux Mines et un troisième à Andaldovilare ou Saint Hippolyte. Il les dota richement en terres et en biens et disposa dans chacun d'eux des saintes reliques, qu'il tenait de la générosité des papes.

C'est ainsi qu'en 764, au retour d'un de ses voyages à Rome, il ramena les reliques de saint Hippolyte, que le pape Paul 1er lui avait données, et les déposa à Andaldovilare. Dès lors, le lieu prit le nom de Saint Hippolyte, en l'honneur des saintes reliques qui s'y trouvaient.

On sait que Saint Hippolyte, évêque Romain, était une des gloires littéraires de l'Eglise ancienne. Il est mort martyr en déportation en Sardaigne lors de la persécution de Maximin le Thrace en 235. Le 13 août, Fête patronale est l'anniversaire de la translation à Rome du corps de saint Hippolyte et de sa déposition à Agro Verano (cimetière de Rome) sur la Via Tiburtina. Saint Hippolyte était un personnage historique important. Il fut évêque d'Ostie et subit le martyre pour sa foi au troisième siècle. Selon la légende,il fut attaché à la queue d'un cheval fougueux et traîné à mort. Cette scène du martyre de son patron passa d'ailleurs plus tard dans les armoiries de la ville de Saint Hippolyte et y figure encore aujourd'hui. Elle se trouve également représentée sur la châsse qui, à l'heure actuelle, contient encore les quelques parcelles des reliques du saint, qui sont restées à Saint Hippolyte depuis l'époque où la plus grande partie en fut transférée à l'abbaye de Saint Denis. L'exposition solennelle de ces parcelles de reliques, ainsi qu'une procession en leur honneur, a lieu le jour de la fête patronale, le 13 août. La châsse actuelle qui les contient date du dix huitième siècle. Elle remplace le beau reliquaire de style gothique, qui les abritait jadis et qui est aujourd'hui conservé au Musée Unterlinden de Colmar.

Contenant précieux d'un contenu plus précieux encore, le reliquaire est réalisé dans une technique surprenante : la châsse habituellement recouverte de plaques fines de cuivre, argent ou or (lorsque le métal n'est pas massif), incisées ou serties de pierres précieuses se montre ici dans toute sa simplicité. Elle est en bois recouverte de feuilles d'or et décorée de figures peintes. ( Daté aux alentours de 1477.)

Sur cette châsse gothique de l'école de Schoengauer (environ 1477) sont peints le martyre de Saint Hippolyte, le Christ et les douze Apôtres ainsi que les armes des Ducs de Lorraine (au cÏur de l'écu) combinées avec celles de Hongrie, Naples, Jérusalem, Aragon, Anjou, Gueldres, Julich et Bar. Saint Fulrad est mort le 16.7.784 et comme il a fondé à Lièpvre un autre couvent appelé FULRADOCELLA, on lui a érigé récemment une statue au centre de cette localité.

Quelques années après la fondation des trois monastères, Charlemagne, dans le dessein d'arrondir leurs biens, concéda, en 774, au monastère de Lièpvre, sous la direction duquel les deux autres semblent avoir été placés dès le début, une vaste étendue de forêts qu'il détacha du domaine royal de Kintzheim. Grâce à cette généreuse donation les biens fonds des trois monastères se rejoignirent en encerclant le Haut Koenigsbourg, qui lui, cependant, n'en faisait pas partie. Enfin, en 777, par un testament fait à Héristal, l'abbé Fulrade légua à son abbaye de Saint Denis tous ses biens propres et tous les biens qu'il tenait de la générosité d'autrui. C'est ainsi que les trois monastères et, parmi eux, Saint Hippolyte, passèrent aux mains des abbés de Saint Denis.

STATUT DE ST FULRADE SITUEE AU CENTRE DU VILLAGE DE LIEPVRE

Saint Hippolyte, en tant que monastère, ne semble cependant jamais avoir pris de l'importance, et nous avons même tout lieu de croire que la fondation de saint Fulrade n'a été en réalité, qu'un prieuré tenu en étroite dépendance de Lièpvre. L'ensemble de terres, dont le fondateur avait doté le prieuré, formait à l'origine une cour seigneuriale qui se transforma plus tard en cour colongère. Celle ci a subsisté jusqu'à la Révolution. Nous en connaissons la constitution d'une manière très exacte, grâce à trois rotules colongers, qui se sont conservés. Elle est intéressante à plus d'un point de vue, mais le cadre limité de cette notice nous interdit de l'examiner ici. C'est cette cour colongère qui, plus tard, forma le noyau de la petite ville.

Au moyen âge, tout couvent avait besoin de la protection d'un puissant seigneur, pour le défendre contre les convoitises d'autrui. Cette protection était assurée par un avoué. L'abbaye de Saint Denis confia l'avouerie de ses possessions en Alsace, et notamment celle du monastère de Lièpvre et du prieuré de Saint Hippolyte, aux ducs de Lorraine. Ceux ci apparaissent comme détenteurs de cette avouerie dès 1052, si le document, qui nous fournit cette donnée est authentique, et, en tout état de cause, à partir de 1115. Vous avez pu remarquer dans les armoiries de Saint Hippolyte au dessous du martyre du saint, l'écu d'or avec bande rouge et trois aigles d'argent des Ducs de Lorraine.

Mais l'avouerie, ici, comme partout ailleurs, ne fut que le prétexte pour une mainmise lente, mais sûre, de la part de l'avoué sur les propriétés et droits des monastères soi disant protégés. Aussi voyons nous, dès le milieu du douzième siècle, les ducs de Lorraine se gérer, non plus en avoués, mais en véritables seigneurs territoriaux de Lièpvre et de Saint Hippolyte. Ce sont le Haut Koenigsbourg et le château des Ducs de Lorraine qui témoignent de cette époque. Après avoir appartenu aux Hohenstaufen au 12ème siècle, le Haut Koenigsbourg devient propriété des Ducs de Lorraine aux 13ème et 14ème siècles. Bien qu'il passe ensuite dans d'autres mains, les Ducs font valoir leurs droits et n'y renoncent définitivement qu'en 1474.

La domination des ducs de Lorraine sur leurs terres d'Alsace ne fut pas de tout repos. Ils eurent fréquemment maille à partir avec leurs puissants voisins, les sires de Ribeaupierre et les landgraves de la Basse Alsace, au sujet de Saint Hippolyte. Nous ne retracerons pas, par le menu, les péripéties de ces démêlés, desquels les ducs de Lorraine sortirent finalement vainqueurs. Et nous nous attarderons tout aussi peu à énumérer les nombreuses inféodations ou les engagements qui eurent lieu au cours des siècles et qui provoquèrent souvent de sanglants conflits. Il nous suffira de citer quelques faits curieux, dont Saint Hippolyte fut le théâtre au courant du moyen âge.

Dans sa Chronique, Richer, le moine de Senones, nous raconte une histoire assez singulière qui se passa à Saint Hippolyte. Thiébaut 1er, duc de Lorraine (1213 1220), étant tombé entre les mains de son adversaire, l'empereur Frédéric Il de Hohenstaufen, au siège d'Amance (1218) et ayant suivi son vainqueur, comme captif, pendant près d'un an, obtint la liberté contre rançon en mai 1219. En rentrant dans son pays, le duc Thiébaut s'arrêta à Saint Hippolyte. Pendant qu'il y séjournait, une courtisane de Strasbourg l'y rejoignit d'aucuns disent qu'elle le fit à l'instigation de l'empereur et l'ayant si bien charmé qu'il passa la nuit avec elle, elle lui donna du poison. Mais le duc ne succomba pas de suite. Il mourut de langueur, un au plus tard, en 1220.

Saint Hippolyte n'était alors qu'un village, une proie facile pour les adversaires de ses seigneurs. Il n'est pas étonnant que dans ces conditions, il fut plu sieurs fois pillé et brûlé tel, en 1287, par Anselme de Ribeaupierre qui incendia tout l'endroit y compris l'église, si nous en croyons les Annales de Colmar. Peu d'années après cet épisode, les ducs de Lorraine semblent avoir fortifié l'endroit. Le fait est, qu'en 1310, Saint Hippolyte apparaît comme ville avec murs et fossés. Témoin : la tour ronde des Cigognes et le reste du mur d'enceinte.

Mais ses murailles et ses fossés n'empêchèrent pas Léopold d'Autriche, en 1324, de la prendre, et en 1374 et 1370, les ducs de Lorraine eux mêmes durent, à deux reprises, l'assaillir, pour la reprendre à leurs adversaires qui l'avaient occupée.

Le siège le plus mémorable eut lieu au quinzième siècle pendant l'invasion des Armagnacs. Ceux ci, au cours de leur randonnée victorieuse, mais combien cruelle et sanglante à travers l'Alsace, avaient occupé, au cours de septembre 1444, une série de villes et de bourgs fortifiés situés dans la contrée de Colmar, notamment Eguisheim, Herrlisheim et Sainte Croix en Plaine. Châtenois s'était rendu sans résistance. Mais Saint Hippolyte refusa de se livrer. A deux reprises, les Armagnacs tentèrent l'assaut, mais ils furent repoussé et essuyèrent des pertes assez sérieuses. Un de leurs chefs, Pochon de Rivière, fut tué à l'attaque de la ville. D'après la Chronique de Jean Chartier, le Dauphin en personne dirigeait les opérations. Mais, malgré leurs succès incontestables, les habitants de Saint Hippolyte, sentants qu'une plus longue résistance les exposait aux pires représailles, se décidèrent à traiter avec l'ennemi et firent leur soumission. Cela se passait dans les derniers jours de septembre 1444. Le Dauphin fit alors occuper la place par le sire de Commercy et sa bande, qui y tinrent garnison jusqu'au 10 janvier 1445. A cette date ils I'évacuèrent, non cependant sans y avoir mis le feu. Puis ils s'embusquèrent aux abords de la ville et, lorsque les gens de Bergheim et d'autres lieux tentèrent d'occuper celle ci, ils les défirent et réoccupèrent la place. Ce n'est que quelques jours plus tard, qu'Erasme de Ribeaupierre les en délogea définitivement et fit évacuer tout ce qui s'y trouvait encore, en fait de vivres et de meubles. Puis il fit incendier les dernières maisons, sous prétexte de punir les bourgeois d'avoir ouvert leurs portes aux Armagnacs. C'est ainsi que les pauvres habitants se trouvèrent devant le néant, lorsqu'ils revinrent dans leur ville. Mais ils ne perdirent pas courage et se mirent vaillamment à reconstruire leurs maisons et à reprendre la culture de leurs vignes.

Si le quinzième siècle avait été particulièrement néfaste pour Saint Hippolyte, le seizième siècle le fut un peu moins. Il est vrai qu'en 1516, François de Sickingen qui guerroyait pour le compte de Gangolf de Géroldseck contre le duc de Lorraine, s'empara de la ville par surprise et sans dommages, pour elle. Le duc Antoine ayant cependant acheté la neutralité de Sickingen, réoccupa Saint Hippolyte sans coup férir et fit trancher la tête à un habitant qui avait favorisé l'entrée de l'ennemi. Quelques années plus tard, pendant la Guerre des Rustauds, les paysans révoltés occupèrent Saint Hippolyte le 7 mai 1525, de connivence avec les bourgeois. Mais ils n'y restèrent pas longtemps.

Après la défaite des Rustauds à Scherwiller, le duc Antoine de Lorraine envoya un détachement à Saint Hippolyte avec mission de faire rentrer la ville dans l'obéissance. Les habitants n'obtinrent le pardon qu'à des conditions très dures. La rigueur que le duc tenait à ses sujets était d'autant plus grande, que ceux ci avaient observé une attitude sympathique non seulement à l'égard des Rustauds, mais aussi vis à vis de la Réforme. Leur curé, Wolfgang Schuh (1493 1525), qui avait succédé en 1518 à Léon Judae (1482 1542), adepte résolu de la Réforme, avait en effet gagné un certain nombre de ses paroissiens aux idées luthériennes. Arrêté, pour crime d'hérésie, à Saint Hippolyte, en janvier 1525, par Gaspard d'Haussonville, gouverneur de Blamont, et conduit par lui à Nancy, Wolfgang Schuh fut condamné à mort par le tribunal de l'inquisition et brûlé, le 21 janvier 1525, sur la place publique. Le duc Antoine régla d'un coup son double compte avec ses sujets, mais la punition qu'il leur infligea, n'en devint que plus douloureuse pour eux. Au milieu du seizième siècle, Saint Hippolyte était une petite ville riche et populeuse, si nous en croyons les récits de l'époque. Elle était entourée de murs et défendue par un château. En 1564,Olry de Widranges (Ulrich von Wittringen), fils de Jean de Widranges, seigneur de Tanviller, fut nommé capitaine et receveur de la ville, dans laquelle il semble avoir déjà exercé d'autres fonctions auparavant. Or les gens de Saint Hippolyte n'aimaient pas leur nouveau gouverneur, dont l'administration se signa lait par une augmentation sensible des tailles, des impôts et des corvées. Ils eurent des contestations avec lui et obtinrent finalement en 1568, que le duc de Lorraine fît procéder à une enquête sur place. Olry dut se rendre à Nancy, où il fut emprisonné. Quoique l'enquête ne semble avoir rien prouvé en sa dé faveur, il perdit cependant sa charge qui fut conférée à Jean de Silières. Olry lui même mourut en 1589, à Nancy. Aujourd'hui une dalle curieuse, encastrée dans le mur de l'hôtel de ville, évoque devant les habitants de Saint Hippolyte le sou venir de leur ancien gouverneur. Cette pierre sculptée et polychromée présente les armes de Lorraine et, au dessous d'elles, celles (les Widranges (Wittringen) accompagnées de l'inscription : Ulrich v. 'Wittring 1566. Il ne nous a pas été possible d'apprendre où cette dalle a bien pu se trouver avant d'être rapportée à cet endroit.

 

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