Pendant la Guerre de Trente Ans, la ville de Saint-Hippolyte partagea les vicissitudes et les souffrances de toute l'Alsace. Elle fut bombardée et prise, le 17 août 1633, par le rhingrave Othon-Louis, l'allié des Suédois, qui, poursuivant les débris de l'armée lorraine, alliée des impériaux, en délogea la petite garnison et y fit un grand carnage.( lire la BD " Haut-Koenigsbourg , le siège de 1633" Edition DNA, La Nuée Bleue ).

Les habitants venaient d'être durement éprouvés par la peste qui, dans les cinq années précédentes, avait fait, parmi eux, plus de quatre cents victimes. Cela n'empêcha pas les Suédois de leur imposer la rançon exorbitante de 8000 florins. La ville fut reprise plus tard par les Lorrains et par les Impériaux et enfin occupée par les troupes françaises qui la tenaient encore en 1648. Après le traité de Westphalie, le roi de France y maintint une garnison. Ce n'est qu'en 1661, en vertu du traité de Vincennes, qui restituait la Lorraine au duc Charles IV, que Saint-Hippolyte revint au duc de Lorraine. Mais lorsque Charles IV fut chassé de ses Etats par le roi de France en 1670, Saint-Hippolyte fut occupé par les armées françaises. La ville fut de nouveau restituée à la Lorraine en 1717, en vertu du Traité de Paris. Une pierre borne placée sur la rive gauche de l'Ekenbach, le petit ruisseau qui forme la limite méridionale du ban de Saint-Hippolyte, atteste encore aujourd'hui la démarcation qui fut faite à cette occasion. Elle porte les armes de Lorraine et daté de 1718. C'est en effet en cette année que le chevalier de Gircourt, au nom du duc de Lorraine, établit des officiers dans la ville, fit planter des bornes, reçut le serment de Fidélité des nouveaux sujets, en les déliant de celui qu'ils avaient prêté au roi de France, et prescrivit aux habitants " de ne plus se servir dorénavant que du sel, du parchemin et du papier Lorrains. Après cette restitution, la domination des ducs de Lorraine sur Saint-Hippolyte ne fut plus que de courte durée. Lorsqu'en 1766 le duché de Lorraine fut réuni au royaume de France, Saint-Hippolyte cessa d'être lorrain pour devenir français. Il comptait alors 240 maisons et 380 bourgeois, soit environ 1600 âmes. Depuis lors, il partage le sort de la province d'Alsace, et son histoire ne présente plus de particularités dignes de remarque. La Révolution, elle aussi, ne se signala à Saint-Hippolyte par aucun épisode qui dépassât l'intérêt purement local. Il nous reste cependant à signaler qu'en 1790, lors de la division de la France en départements, Saint-Hippolyte, qui avait toujours relevé du diocèse de Strasbourg et par conséquent de la Basse-Alsace, fut attribué au département du Haut-Rhin, en dépit de la tradition plus que millénaire qui, depuis l'occupation romaine, a toujours établi sur l'Eckenbach et le Landgraben, la limite entre l'Alsace du Sud et celle du Nord.

Telle est, résumée en quelques pages, l'histoire de Saint-Hippolyte durant les dix siècles qui s'étendent de sa fondation jusqu'à la Révolution. Les traces de ce passé, si mouvementé et si varié subsistent, nombreuses et vivantes, dans la petite ville, et l'empreinte que les siècles lui ont imprimée reste indélébile. Une visite même rapide des lieux nous permettra de nous en convaincre. Des anciennes fortifications, il reste le tracé très net, ainsi qu'une partie des fossés d'enceinte et quelques restes de murs. Une tour ronde, fort bien conservée, à l'angle sud-est des anciennes murailles sur laquelle des cigognes nichent, de mémoire d'homme forme le symbole de l'ancienne place forte. Les deux portes monumentales de la ville ont disparu en 1803.

Le château des ducs de Lorraine, qui surplombait la ville au N.O. de la localité, sur les remparts, fut détruit au cours de la guerre de Trente Ans, puis reconstruit en 1718. Vendu comme bien national, il fut acquis en 1825 par la Congrégation des Frères de Marie qui y installa un collège. Après une éclipse qui lui fut imposée par les autorités allemandes (1875-1919), celui-ci est actuellement encore sous leur direction mais ne fait plus office d'école. L'ancien château a été considérablement agrandi et modifié mais le collège domine toujours fièrement la petite ville.

Au centre de celle-ci se trouve la vieille église paroissiale. Après la destruction de l'ancienne église en 1287, ( incendiée en même temps que tout le village par Anselme de Ribeaupierre ) on a construit l'église actuelle de style gothique: le chÏur et la première travée de la nef (colonnes avec chapiteaux) datent du 14ème siècle, la nef principale et les deux nefs latérales avec plafond du 15ème. La tour est en partie moderne (1822); elle abrite une cloche qui fut fondue, en 1532, par le fondeur Georges de Strasbourg. Le très beau carillon des nouvelles cloches de la paroisse évoque par sa composition par les cinq premières notes de la Marseillaise le retour de l'Alsace à la France en 1918.

L'intérieur de l'église est tenu dans le goût du dix-huitième siècle et orné de fresques et de vitraux modernes. Le bel orgue qui s'y trouve provient de l'ancienne abbaye de Marbach. Dans le chÏur est placée la châsse de style Louis XV avec les reliques de saint Hippolyte.

Le maire de l'époque put sauver la chapelle de la Croix, qu'on trouve dès 1470 : comme elle fut vendue comme bien national il l'acheta. La Chapelle de la Croix incendiée lors de la Libération en 1944 et reconstruite dans un style sobre et moderne nous rappelle la fin de la seconde guerre mondiale et la Vierge érigée en 1945 au-dessus du Vignoble est un témoignage de reconnaissance de la Ville de Saint-Hippolyte pour avoir été épargnée durant cette guerre.

Vis-à-vis de l'église se trouve I'hôtel de ville. Il a été construit en 1782 et remanié depuis.

Dans l'un de ses murs se trouve encastrée la dalle d'Olry de Widranges, que nous avons déjà mentionnée. En face de cette dalle, on remarque une belle vierge sculptée, du dix-huitième siècle, qui est placée dans la niche d'une grande maison.

Sur la place entre l'église et l'hôtel de ville s'élève une belle fontaine monumentale, dont les parties sculptées sont malheureusement assez endommagées.

A proximité de l'hôtel de ville se dresse le pignon de l'ancienne chapelle de l'hôpital, transformée en restaurant. Ce pignon est orné d'une intéressante sculpture en bas-relief, de style gothique; deux anges tiennent un phylactère sur lequel on lit : q(uae) rite et inveniet(is). pulsate et aperiet(ur) vobis. ( cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira ). Certes une belle parole d'accueil à l'adresse de ceux qui venaient chercher à l'hôpital un remède à leurs maux ou un abri pour leur vieillesse.

L'Hospice de la Ville est une fondation du maire Charles Bléger " père des pauvres ". Une chapelle néogothique se trouve à côté de ce bâtiment.

Il serait trop long d'énumérer ici les nombreuses maisons particulières qui présentent un intérêt archéologique. Plusieurs d'entre elles ont le caractère typique du style gothique : fenêtres à meneaux, galeries et portes cintrées. L'une d'elles, la plus ancienne peut-être, porte la date de 1506. Les encorbellements ne sont pas rares; une maison de coin, particulièrement curieuse, appuie la double saillie de l'étage supérieur sur une puissante colonne ornée d'un écu à deux barbeaux. D'autres maisons dénotent l'influence de la Renaissance : pignons caractéristiques, oriels, baies aux jambages et linteaux sculptés, poutres cornières historiées. Le dix-huitième siècle est également représente. Mais ce qui abonde partout, ce sont les marques familiales, les enseignes professionnelles, les dates et les initiales taillées à même le linteau ou sculptées sur la clef de voûte. On trouve de belles sculptures jusque dans les caves des maisons, ces caves qui sont la fierté du vigneron.

Nous arrêtons là notre visite. Il nous sera agréable de la prolonger lors d'un prochain sujet. Lors de votre visite à Saint-Hippolyte, vous retrouverez ces lieux dans un cadre désormais plus familier.


L'antique chapelle de Sainte-Croix, au carrefour de la route d'Orschwiller.

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