Histoire
de l'Alsace
Une histoire,
ce sont des Histoires fort nombreuses et souvent compliquées
mais dont la connaissance ne peut que nous éclairer, nous
apprendre à mieux construire notre présent. L'Alsace, c'est
entre Vosges et Rhin une région belle de ses collines, de
ses vallées, belle de sa vaste plaine, de ses cités souvent
admirables, de sa diversité, de ses hommes et femmes surtout.
Cette région a une histoire, une identité forgée à travers
les âges, un caractère bien à elle, souvent né de l'adversité
et du brassage de populations celtes, germaniques, romaines,
alémaniques ou françaises, qui s'y sont établies dans un passé
mouvementé.

Pour cette contrée,
toutes les passions se sont déchaînées, pour elle, des empires
se sont déchirés et des hommes sont tombés par milliers. Insaisissable,
fière, courtisée, convoitée, disputée, arrachée, annexée,
reconquise, l'Alsace s'est aussi tout cela à la fois. Aujourd'hui
prospère, active, attirante, généreuse, la terre alsacienne
jouit depuis 55 ans d'une paix durement méritée et si longuement
attendue... De l'avant-hier au début de ce 3e millénaire,
l'Alsacien s'est construit son identité. Celle-ci souvent
intrigue, passionne, interpelle et fait rêver.. C'est à la
naissance et aux évolutions de cette identité que nous vous
invitons
Connaissez-vous
les Séquanes ?
On a daté à 600
000 ans l'âge de quelques outils en pierre taillée, et noté
des traces de civilisation de l'âge de la pierre polie, du
bronze. Mais c'est à l'âge du fer introduit en 750 av. J-C
par de nouveaux arrivants, les Celtes, que l'histoire s'ouvre
réellement à nous. Etendant leur domination sur une grande
partie de l'Europe, ces Celtes (appelés aussi Gaulois -à l'ouest
du Rhin-) chassent ou réduisent en esclavage les habitants
primitifs de la région. Ils y vivent paisiblement mais au
3e s. av J-C, devant la poussée des Germains venus de l'est,
pour se défendre, ils doivent construire des enceintes fortifiées
comme le Mur Païen au Mont Sainte-Odile. Grâce aux auteurs
antiques, on connaît assez bien les tribus celtes habitant
l'Alsace au 1er s. av J-C : en Suisse se trouvent les Rauraques,
dans la Haute-Alsace et jusqu'au Rhône les Séquanes, en Basse-Alsace
et en Lorraine les Médiomatriques. La langue celtique survit
encore dans certains noms de montagnes et rivières, comme
Ill, Vosges, Donon, et de localités comme Argentorate (Strasbourg)
ou encore Cambete (Kembs).
58 av. JC
: premier choc entre Latins et Germains
Les Séquanes provoquent
leur propre chute en demandant à Arioviste, chef des tribus
germaniques des Suèves de passer le Rhin pour les aider à
battre leurs ennemis les Eduens. Ces derniers font eux, appel
auX Romains, pour chasser ce chef germain qui ne veut plus
repartir et qui a choisi de rester en Alsace ! Des pages décisives,
hautement historiques se jouent alors sur cette terre. Le
proconsul Jules César profite de sa victoire sur les Helvètes
pour marcher avec ses légions contre Arioviste. La bataille
d'Alsace, racontée par César lui-même dans ses "Commentaires
de la guerre des Gaules", se déroule en 58 av J-C et pour
la première fois Germains et Latins se battent pour la possession
du pays. Cela ne sera malheureusement pas la dernière... Diverses
sources historiques évoquent la bataille d'Alsace : César,
Dion Cassius et Plutarque, mais impossible de localiser l'affrontement
avec certitude.. Dans les textes, on trouve quelques détails
topographiques : "dans une grande plaine s'élevait un tertre
assez haut ; Arioviste établit son camp au pied d'une montagne,
puis il s'enfuit vers le Rhin distant d'environ 5 ou 50 milles:
Traditionnellement on admet que cela s'est passé à l'ouest
de Mulhouse, quelque part entre Pfastatt et Cernay.

L'Alsace devient
L'Alsace
Après la victoire
de Jules César l'Alsace devient romaine et peut dès lors profiter
de la "pax romana", une longue période d'expansion et de progrès
qui va durer jusqu au 3e siècle. A cette date, les Germains
commencent leurs incursions semant le trouble et provoquant
l'exode. En 405, lorsque les légions du Rhin se retirent pour
aller protéger Rome, c'est la grande invasion. Elle amène
en Gaule, au nord les Francs, sur le Rhin moyen les Burgondes,
les Alains et les Vandales et au sud les Alamans qui s installent
définitivement en Alsace. Ce Moyen Age qui débute, fait basculer
l'Alsace sous la domination germaine, et ce pour plus de 1
200 ans ! Cependant malgré la victoire des Francs à Tolbiac,
les Alamans ne sont pas chassés et l'Alsace reste un pays
de population et de langue alémaniques. L'époque mérovingienne
est de la plus haute importance pour l'Alsace : son nom apparaît
en même temps que s'établit son unité politique. Les rois
francs donnent à l'Alsace une administration avec à sa tête
des comtes puis des ducs. Du fait de l'absence et de l'autorité
défaillante des rois mérovingiens ces puissants seigneurs
apparaissent comme totalement indépendants. Le plus célèbre
d'entre eux, Aldaric ou Etichon, père de Sainte Odile domine
l'ensemble de la région. Dans ce duché d'Alsace, la très vieille
frontière du Landgraben s'efface et ainsi l'unité, l'individualité
politique de la région apparaît pour la première fois : la
personnalité de L'Alsace s'inscrit dans l'Histoire. Dans la
chronique de Frédégaire de 650 sont nommés pour la première
fois les habitants, "Alesaciones" et le pays lui-même "in
Alesacius". Plus tard on dit "in pago Alisazinse" (700), Alisazgouwe"
(774), "Elisaza" (9e), "in Elsaza" ( 1040). La signification
de ce nom est très controversée. Certains historiens pensent
que le nom vient du cours d'eau l'Ill qui aurait pu avoir
primitivement un autre nom (Ali, Ale, Ala) d'autres le décomposent
en deux noms germaniques: Ali = étranger et "sassen" du verbe
" sitzen " qui désignerait donc ceux des leurs installés dans
le pays étranger.
Les Serments
de Strasbourg : deux langues pour une contrée
Affaiblis, les
" rois fainéants "sont relayés par les carolingiens. Couronné
empereur le 25 décembre 800 à Rome, Carolus Magnus crée un
vaste empire dans lequel l'Alsace occupe une position centrale.
II y séjourne souvent et y a des attaches familiales fortes.
La région connaît un vif essor économique, mais son unité
politique disparaît au profit de deux comtés, le Sundgau et
le Nordgau alors qu'apparaissent également nombre de petites
et grandes seigneuries qui, des siècles durant, vont jouer
un rôle politique considérable. De plus, des rivalités entre
les descendants de Charlemagne vont disloquer son empire.
Les fameux Serments de Strasbourg (843) prêtés par Louis le
Germanique et Charles le Chauve contre leur aîné Lothaire,
séparèrent les régions de langue-romane et de langue alémanique.
Les Francs, sur le versant occidental des Vosges, adoptent
le latin qui, peu à peu, devient le français; et l'Alsace
reste, elle, un pays de langue alémanique jusqu'à la crête
des Vosges. Dans quelques vallées, le roman subsiste néanmoins
: par exemple dans le pays Welche ou la vallée de la Bruche.

Le Saint Empire
Romain Germanique: l'Alsace est un puzzle de seigneuries
Les carolingiens
s'effondrent. Otton 1er fonde en 962 le Saint Empire Romain
Germanique qui, quasiment jusqu'au XVIIe s, englobe la Lorraine,
la Franche-Comté, l'Alsace et au sud une partie de l'Italie.
Avec l'accession au trône des Hohenstaufen parmi lesquels
l'illustre Frédéric Barberousse, l'Alsace entre dans une très
longue ère de progrès. Des villes se fondent, les échanges
économiques font leur prospérité et lès féodaux construisent
leurs châteaux. C'est à cette époque qu'apparaissent la plupart
des familles nobles comme celles des comtes de Ferrette, ou
encore des Habsbourg, Landgraves de Haute-Alsace, ne l'oublions
pas ! Le Saint Empire est électif, les interrègnes longs,
l'Eglise, les seigneurs accroissent leur pouvoir, les grandes
villes se liguent (la Décapole 1354) : bref, l'Alsace devient
un puzzle de territoires. Et la réforme va créer d'autres
troubles et affrontements... Pendant cette période, l'Alsace
des lettrés devient terre des humanistes et des écrivains,
un lieu de bouillonnement intellectuel et artistique
L'Alsace française
La guerre de Trente
ans transforme dès 1621 la région en un terrible et incessant
champ de bataille entre armées protestantes et armées impériales
catholiques. Avec la terreur suédoise, les pillages français
et espagnols, l'horreur et la misère s'abattent partout :
la moitié de la population disparaît, les villes et villages
sont dévastés. Le Traité de Westphalie donne en 1648 les possessions
autrichiennes en Alsace à la France (80 % du Haut-Rhin) mais
Louis XIV veut toute l'Alsace.

Malgré la victoire
de Turenne à Turckheim, il faudra que le Roi Soleil attende
jusqu'en 1681 pour annexer à son royaume toute l'Alsace y
compris Strasbourg mais excepté Mulhouse rattachée seulement
en 1798.

Louis XIV a la
sagesse extrême d'accepter que l'Alsace conserve ses usages
et pour part son droit ancien hérité de l'Empire autrichien.
Premiers pas du "droit local"... Napoléon, après une Révolution
vécue dans l'allégresse puis dans la résignation, n'y change
rien, "laissez-les parler allemand, pourvu qu'ils sabrent
français !".

Et puis allemande
La défaite de Sedan
de 1870 provoque l'annexion à l'Empire allemand de l'Alsace
(sauf Belfort jusqu'ici sous-préfecture du Haut-Rhin) et de
la Moselle, malgré les protestations et le départ de près
de 130000 Alsaciens pour la France ou l'étranger. Curiosité
: le droit français est maintenu par l'Allemagne comme "droit
local". Cela dure jusqu'à la défaite allemande en 1918, après
les carnages sans noms du Linge, du Vieil-Armand et tant d'autres...
Nombre d'Alsaciens et de Lorrains s'engagent dans l'armée
française, comme le fameux dessinateur Hansi... Puis le retour
à la France se fait dans une immense allégresse populaire.
L'histoire aurait pu s'arrêter là mais la "der des der" n'est
pas la dernière hélas. Et l'Alsace est à nouveau annexée,
par Hitler cette fois. Elle subit les plus terribles épreuves,
comme l'incorporation de force de 100 000 jeunes hommes dont
35 000 ne reviendront plus. La paix dure depuis 55 ans en
Alsace et l'Europe conjugue aujourd'hui des destins opposés
depuis César... N'est-ce pas là le vrai super événement mondial,
le fait majeur du siècle et du millénaire qui vient de s'écouler
que cette paix, cette alliance entre ennemis presque héréditaires
? Elle constitue pour l'Alsace toute entière la plus incroyable
conquête de tous les temps, surtout si le troisième millénaire
débutant ouvre vraiment la porte à une Europe unie, forte
de sa puissance économique inégalable et surtout de son humanisme
si rempli d'espérances.
