Les Dernières Nouvelles du Haut-Rhin

Page 17 Mardi, 13 Mars 1962

La vie à travers le Haut-Rhin

A propos du LANGENBERG (GEISSBERG) et de son vignoble à ST-HIPPOLYTE

Les crêtes de cette montagne ( altitude 465 m ) forme la limite territoriale entre les communes de St-Hippolyte et d'Orschwiller et en même temps la limite entre les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Il est prouvé que l'on y a déjà planté la vigne à la fin du 8 ème siècle. Le nom d"'Altenberg" vignoble situé au pied de la montagne, confirme le grand âge du vignoble.

Le vignoble ne s'étendait cependant qu'un peu au delà du milieu du mont. La partie supérieure fus jadis couverte d'une forêt de sapin, tant sur le versant de St-Hippolyte que celui d'Orschwiller. L'étroit plateau de la crête formait un pâturage. Le cépage de vigne que l'on plantait au moyen-âge était le "gentil", qui était très recherché.

 

LE TERRITOIRE COMMUN

Une grande partie de la montagne fut d'ailleurs territoire commun des anciennes communes d'Orschwiller et St-Hippolyte. Dans un document datant de 1551 il est dit que le "Langenberg depuis le chemin creux jusqu'à la pierre de démarcation est territoire commun".

Cette situation donna lieu de bonne heure et surtout au 16ème siècle , à de vives disputes et à une masse de procès entre les deux communes. Cela s'apaisa un peu au cours du 17ème siècle, car Orschwiller avait eu beaucoup à souffrir de la Guerre de trente ans et St-Hippolyte en souffrit d'avantage encore.

Sur les deux versants, le vignoble devint terrain en friche. Dès que les deux villages se furent un peu remis des terreurs de la guerre, les disputes recommencèrent.

Au printemps 1791 ce fut le partage du territoire commun, c'est à dire la pose des bornes qui sont encore en place à ce jour. Les bornes d'Orschwiller portent en partie le nom du village, celles de St Hippolyte sont tout simplement marquées de S H.

A partir de ce moment, on commença sur le versant de St-Hippolyte à défricher la forêt jusqu'à la crête et à y planter des vignes. Par suite de l'excellente exposition ce furent à l'époque des parcelles très recherchées et très chères ( c'était pour la montagne le début d'un mauvais sort, comme nous le verrons plus loin ).

Pour construire les terrasses, les habitants se rendirent pendant la Révolution - comme ceux de tous les villages environnants - au Haut-Koenigsbourg et à l'Oedenbourg pour y enlever de belles pierres taillées. La montagne fut finalement plantée surtout avec le cépage "Knipperlé" qui donna un vin fin. Comme de vieilles personnes nous l'ont conté, les soi-disant " hommes du Knipperlé" eurent souvent, lors de fêtes villageoises, droit à un tour de danse spécial.

Mais là, comme ailleurs, le phylloxéra a, vers la fin du siècle dernier, fait des ravages. Mais c'est en 1934 qu'eut lieu la catastrophe qui anéantit définitivement une partie du vignoble. Fin août, la région de St-Hippolyte fut éprouvée par deux forts orages successifs. Les raisins mûrs furent emportés par les eaux à travers les rues du village. Sur les hauteurs du " Langenberg ", les pieds de vigne étaient littéralement déchaussés ; les eaux avaient raviné la bonne terre de culture.

La partie supérieure du mont, si péniblement défrichée après la Révolution, redevenait en partie terrain en friche, en partie forêt de pin et d'acacia. Là encore l'absence de bons chemins se fit sentir. Jadis les vieux vignerons furent obligés de grimper sur les hauteurs, les épaules chargées d'une hotte, remplie de fumier ou de terre. Souvent ils faisaient cette marche onze fois par jour. Quand on se rend compte qu'il s'agit d'une différence d'altitude de 100 à 150 mètres, on peut s'étonner qu'ils fussent malgré tout joyeux et qu'ils continuaient même à chanter.

TERRITOIRE MINIER

Le nom du terrain " Sylbergrub" ( cité en 1577 ), ( Le Sylbergrug est la partie basse du Geissberg ), prouve qu'il y a jadis été extrait de l'argent. Une partie de la montagne fut à cette époque déblayée à ciel ouvert, ce qui est encore visible actuellement. Henri Mittelbach fit, à partir de 1853, renouveler les recherches d'argent. Selon Emile Heyberger, il a été creusé 4 km de galeries. On trouve cependant davantage de plomb que d'argent ainsi que de la barytine et en partie de belles améthystes. L'exploitation fut arrêtée en 1862, comme non-rentable, En 1939, un Strasbourgeois acheta une série de pièces de vigne au Langenberg et projeta la création d'une nouvelle mine. Mais la guerre intervint et le brave homme décéda sur ces entrefaites.

D'AUTRES PROJETS

Le Langenberg qui avance loin dans la plaine d'Alsace offre une merveilleuse vue tant vers le Bas-Rhin qu'en direction du Haut-Rhin. Un homme d'affaire connu, M, le sénateur Lazare Weiller, projeta, il y a plus de 30 ans, pour cette raison la construction d'une spacieuse maison de cure sur la hauteur. Les plans en furent dressés et le terrain était déjà piqueté, lorsque la mort du propriétaire mit fin à l'entreprise.

LA MADONE DU LANGENBERG

C'est la patronne protectrice de la montagne : sa statuette en bois sculpté se trouve dans l'église paroissiale d'Orschwiller. Les anciens prétendaient qu'on aurait trouvé la statue sur le Langenberg et qu'il fallait donc la placer dans l'église de telle sorte qu'elle regarde vers le Langenberg, à l'endroit où une source jaillit, au " Burgweg " ( d'après le curé W. Meyblum ).

Il existe effectivement un document, aux termes duquel des citoyens de St-Hippolyte ont acheté au début du 16ème siècle d'un habitant de Muttersholtz un terrain au Langenberg sur le territoire d'Orschwiller en vue de l'érection d'une chapelle. Plus tard on n'a plus entendu parler de ce sanctuaire et on ignore si c'est là que se trouvait la statue de la Ste Vierge.

Bien des choses seraient encore à conter au sujet de cette curieuse montagne. Ce qui est certain, c'est que parmi toutes les exploitations qu'on y a pratiquées, c'est encore la viticulture qui a le mieux résisté aux assauts du temps, ce qui confirme, en l'espèce, le fondement de la légende du trésor caché dans le vignoble.

La Madonne telle qu'elle se présente actuellement
dans l'église d'Orschwiller.
La Madonne telle qu'elle était présentée
dansl'église d'Orschwiller dans le temps.
Domaine Muller-Koeberlé, Viticulteur - 22, route du Vin - 68590 ST-HIPPOLYTE - France
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