L'Oïdium

Historique
C’est la première maladie américaine introduite en Europe, d’abord dans des serres anglaises ( 1845 ), puis en France dans la région parisienne en 1847, gagnant en quelques années tout le vignoble pour aboutir au désastre de 1854, année où la récolte française ne fut que de 10,8 millions d’hls, entraînant des conséquences économiques et sociales importantes : hausse du prix du vin, de 10 à 49 fr-or l’hl, abandon des cépages trop sensibles, exode de certains vignerons ruinés vers les villes ( l’Algérie, l’Argentine) ou ne voulant pas traiter leurs vignes avec des produits chimiques.
Symptômes
Les vignes fortement envahies par l’Oïdium présentent un feuillage terne, de couleur grise, qui rappelle la poussière des chemins. Dans les cas graves, toute la récolte est perdue mais en principe, les souches malades ne meurent pas et peuvent être soignées l’année suivante.

Au printemps, le premier signe perceptible sur les feuilles est une légère "frisure" sur le bord du limbe, suivie par des points de crispation, très caractéristiques, brillants, diffus, qui sont dus au développement du champignon : comme les cellules épidermiques parasitées ne peuvent plus s'accroître, alors que la croissance des tissus sous-jacents se poursuit, le limbe se tend, devient plus lisse et plus luisant. A la face inférieure de ces taches la trace du mycélium apparaît sous la forme de petites tramées brunâtres correspondant aux cellules tuées.
Par la suite, ces taches vont s'agrandir et former des plages bien visibles, grâce au développement du champignon qui forme un feutrage blanc grisâtre, finissant par envahir la face supérieure en provoquant un enroulement des bords du limbe vers le haut (limbe involuté).
Sur les feuilles adultes les infections sont plus rares et moins étendues, elles peuvent hâter le jaunissement automnal, mais n'entraînent pas la défoliation prématurée.
Les rameaux parasités portent d'abord de petites taches blanches qui vont s'agrandir avec l'extension du mycélium, pour devenir confluentes et former de grandes plages, pouvant couvrir toute la surface du rameau, en prenant une teinte grisâtre ou gris bleuâtre. Les sommets des rameaux peuvent être ainsi entièrement contaminés ainsi que les jeunes feuilles, devenues rigides, l'ensemble formant ce que les viticulteurs appelaient des "drapeaux", enseignes néfastes signalant la présence du champignon dans la souche.

A l'automne, les tissus attaqués par l'oïdium durant le printemps et l'été, prennent, sur les sarments, une teinte brune ou brun rouge qui persistera durant l'hiver, rappelant l'intensité des attaques pendant le cycle végétatif. Les bourgeons dormants de ces sarments contiennent à leur intérieur du mycélium à l'état latent, qui se développera au printemps suivant.

Les inflorescences peuvent être attaquées avant la floraison et leur croissance arrêtée, le champignon pouvant même gagner l'ovaire des fleurs, provoquant leur avortement et leur chute.

Sur les grappes, les jeunes baies contaminées se recouvrent d'une fine poussière blanche, grasse au toucher, devenant rapidement grisâtre, avec un aspect granuleux, visible à la loupe, dû aux amas de conidies, qui se détachent facilement des conidiophores. Les grappes malades répandent une odeur forte de farine moisie.
Les petits grains malades se rident et flétrissent, puis ils tombent généralement, les autres demeurent petits, leurs pellicules se durcissent et acquièrent une grande épaisseur. Chez les baies encore plus grosses, de nombreuses cellules de l'épiderme sont tuées, la pellicule durcit et ne peut plus suivre l'accroissement en volume de la pulpe. Sous cette pression, la pellicule finit par éclater et par la fente ainsi produite le jus s'écoule totalement, la récolte est perdue.
Après la véraison, la baie est rarement attaquée, mais elle peut comporter quelques déchirures de la peau, bientôt envahies par la pourriture grise.

Cause de la maladie
Le champignon, responsable de cette maladie, est un Ascomycète, de la sous-classe des Pyrénomycètes comprenant la famille des Erysiphacées, d‘abord décrit en Amérique du Nord en 1834 par SCHWEINITZ puis en Angleterre par BERKELEY , puis BERKELEY et COOKE, pour être dénommé actuellement Uncinula necator (Schw.) BURRILL.

Biologie
Ce parasite vit à la surface des organes verts de la vigne sans jamais pénétrer à l'intérieur des tissus, en formant des filaments mycéniens, ramifiés, de 4 à 5 microns de large, qui s'entrecroisent et s'enchevêtrent pour constituer un feutrage de filaments d'abord blancs, devenant grisâtres en vieillissant.
Ce mycélium comprend des suçoirs qui assurent sa fixation et permettent sa nutrition. Chaque suçoir comporte une partie externe : l'appressorium et une partie interne : l'haustorium, qui s'enfonce dans les cellules de l'épiderme pour y puiser les aliments nécessaires au développement du champignon.
La reproduction asexuée se fait par l'intermédiaire de conidiiophores, qui ont la forme de bâtonnets dressés, de 100 à 400 microns, issus du mycélium, portant à leurs extrémités un chapelet de 2 à 10 conidies ou oïdies, ayant l'apparence de tonnelets et produisant l'aspect farineux caractéristique des taches d'oïdium. Ces conidies, mesurant 28-40 x 14-21 microns, sont incolores avec un contenu granuleux à l'état jeune ; elles se détachent sous l'action des vents et parvenues sur un organe herbacé de la vigne, elles vont germer en donnant d'abord un suçoir, puis un filament mycénien, émis sur le coté de la conidie, qui rapidement va constituer un nouveau feutrage.


1 - mycélium avec suçoir, conidiophores et conidies
2 - réseau de mycélium avec suçoirs
3 - germination d'un asque

4 - périthèce
5 - périthèce ouvrant laissant échapper les asques
6 - coupe transversale d'un périthèce

 

La reproduction asexuée est donc très simple et il est important de retenir que l’oïdium possède un développement continu durant toute la période végétative herbacée de la vigne, puisque les conidies n'ont pas besoin d'eau à l’état liquide pour germer, donc ne nécessite pas de pluie ou de rosée, mais demandant seulement un état hygrométrique élevé et une réduction de l’éclairement. La production des conidies en 24 heures est doublée, lorsque l’humidité passe de 30-40 % à 90-100 %. Le parasite affectionne par conséquent les terrains humides, les situations maritimes ou lacustres, les souches vigoureuses ou touffues, les tonnelles et les pergolas où la lumière pénètre difficilement et où l'air circule mal.
Les conditions de germination des oïdies et ensuite du développement du mycélium dépendent aussi de la température. Le minimum requis est de 4,5°C., mais la germination devient régulière à partir de 7°, puis rapide au-dessus de 15° pour atteindre son optimum entre 25 et 28° ; elle décroît ensuite jusqu'à 35° pour cesser au-delà de 40° ; finalement I'oïdium est détruit à 45°, ce qui explique l'arrêt de son développement dans les pays chauds, sur les rameaux au contact du sol. A son optimum de température, la germination des conidies se fait en 4 ou 5 heures, alors qu'il faut 15 heures à 13° ou 20 heures à 30°. L'expansion du mycélium s'effectue dans les mêmes limites de température.
Les vents exercent une action favorable en assurant la dissémination des conidies, parfois aussi en modérant la température estivale.
Le mode de conduite intervient par l'entassement du feuillage, qui influe sur la température, l'humidité et la lumière. Les pergolas et les espaliers à feuillage retombant sont particulièrement favorables au développement de l'oïdium.
La reproduction sexuée, par fusion d'une anthéridie et d'une oogone, provoque la formation d'un périthèce, petit corps sphérique, qui atteint de 70 à 130 microns à son complet développement, d'abord hyalin, puis jaune avant d'acquérir une coloration foncée brune à noire, dont la paroi extérieure, constituée de 3 ou 4 assises de cellules, est plissée, formant des zones pentagonales d'abord en relief puis se déprimant en creux comme de petits cratères ; chaque périthèce est muni de 7 à 16 fulcres, plus rarement davantage, longs appendices atteignant de 3 à 7 fois le diamètre du périthèce pour 5 ou 6 microns de large, cloisonnés, formés de cellules à contenu finement granulé et parfois enroulés à leur extrémité libre.


Périthèce d'oïdium

A l'intérieur de chaque périthèce on trouve généralement 6 asques ou plus rarement 4 ou 8,
plus ou moins ovoïdes, mesurant 50-60 x 25-40 microns ; dans chaque asque on observe de 4 à 8
ascospores, ovoïdes, ayant 16-25 x 9-14 microns. Au printemps suivant, les périthèces s'éclatent pour laisser sortir les ascospores, expulsées des asques
Avant 1980, les périthèces ou cléistothèces étaient relativement rares et on ne les observait
que sur certaines vignes américaines ou asiatiques, non traitées au cuivre mais l'abandon des traitements cupriques contre le mildiou a favorisé sur tous les cépages un développement très abondant des périthèces, qui peuvent constituer aujourd'hui une seconde forme d'hivernage, devenue parfois prépondérante.

Conservation du champignon
1° La conservation de l'oïdium durant l'hiver est assurée par les périthèces, diploïdes, qui constituent des organes de conservation pour l'hiver, mais leur présence n'est pas indispensable à la survie du champignon, car ils sont relativement rares.
2° Normalement l'oïdium hiberne dans les bourgeons latents sous la forme de mycélium.
3° Dans les pays tropicaux où la végétation est continue, le mycélium se maintient en activité toute l'année et produit des conidies sans interruption.

Circonstances favorisantes
La sensibilité des espèces et des cépages est très variable ; elle est déterminée par le nombre et l'étendue des taches, ainsi que par l'importance des dommages. Les causes de la résistance sont multiples et certaines encore mal connues. On a mis en évidence le rôle de la nécrose des appressoria, qui, en s'opposant à la formation des suçoirs, gène l'alimentation et le développement du mycélium. Une deuxième cause de résistance est la nécrose des cellules de l'hôte, dans lesquelles le mycélium envoie des suçoirs. On pense aussi qu'il faut faire intervenir des causes d'ordre physiologique (action sur la nutrition du parasite) ou d’ordre botanique (influence de la villosité laineuse des feuilles au printemps, formant un barrage à la pénétration des suçoirs).

Les espèces américaines sont généralement résistantes, d'autres sont un peu sensibles (en partie).

Chez les cépages européens, on observe des différences dans la sensibilité de l'espèceVvinifeira:

- Cépages très sensibles : Carignan, Morrastel-Bouschet, Terret, Chardonnay, Colombard, Cabernet-Sauvignon, Cabernet franc, Muscadelle, Jurançon blanc, Chenin, Sylvaner, Gamay, Chasselas, Muscat blanc à petits grains, Cinsaut, Piquepoul, Dattier, A.Lavallée, Muscat de Hambourg.
- Cépages peu sensibles : Aramon, Aubun, Cot, Folle blanche, Clairette, Grenache, Maccabeu, Mauzac, Muscadet, Pinot, Sémillon, Syrah, Valdiguié.

En réalité, il est difficile d'établir une classification absolue, car si on ne traite pas un cépage, considéré comme peu sensible, la maladie finit par s'installer dans les bourgeons des sarments et elle se développe alors avec virulence.

Moyens de lutte

Le Soufre
Le traitement contre l'oïdium fut trouvé fortuitement en 1846 par KYLE, jardinier dans
les serres anglaises, en plaçant du soufre sur les tuyaux du chauffage central pour
éloigner les fourmis et les limaces, ce qui favorisait l'émission des vapeurs de soufre.
En France, GONTIER inventa en 1851 le premier soufflet pour épandre le soufre dans les vignes. Aux Etats-Unis, W.PRINCE, en 1829, avait signalé le bon usage du soufre, employé à sec ou en solution, contre le powdery mildew, et utilisé pour la première fois dans le Massachusetts par SAMUEL JOHNSON.
On sait aujourd'hui que les vapeurs de soufre élémentaire viennent au contact du champignon et pénètrent dans les cellules par les lipoïdes périphériques du plasma, grâce à la solubilité du soufre dans les graisses. A l'intérieur des cellules, des réactions chimiques complexes aboutissent à la formation d'hydrogène sulfuré, poison toxique pour les cellules de l'oïdium. Le soufre se comporterait comme accepteur d'électrons au niveau des chaînes respiratoires et entrerait ainsi en compétition avec l'oxygène
Pour faciliter le dégagement de ces vapeurs, il faut donc traiter par beau temps et sec, mais lorsqu'il fait très chaud, en juin-juillet, il est recommandé, pour éviter les brûlures de la végétation et des raisins, de soufrer le matin de bonne heure ou en fin de soirée.

Le calendrier des traitements à retenir est le suivant :

- Un premier traitement est à effectuer de bonne heure, lorsque les rameaux ont quelques centimètres de long (stade E-F à 2 ou 3 feuilles étalées) de façon à détruire le mycélium provenant des bourgeons infectés. A ce stade, l'oïdium est particulièrement vulnérable. La vigne ayant peu de végétation, il est facile de bien déposer le soufre sur les jeunes feuilles en voie de croissance. Ce traitement est d'une importance capitale pour détruire les foyers primaires et ne doit jamais être omis. Pour les variétés très sensibles il faut renouveler le traitement 1 ou 2 fois.
-Un second traitement est réalisé au moment de la floraison ce qui permet de protéger correctement les inflorescences encore dressées ; de plus l'épandage du soufre en poudre facilite la dissémination du pollen, stimule la photosynthèse et possède même un pouvoir excitant. On réalise ce traitement avec des machines poudreuses qui permettent au soufre de bien pénétrer dans l'intérieur du feuillage.
-Le troisième traitement est effectué après la nouaison, lorsque les baies ont la grosseur
d'un petit pois et avant l'arrêt de croissance, c'est-à-dire au début juillet dans les vignobles
septentrionaux.
-Un quatrième traitement pourra être donné avant la véraison, pour assurer une protection
définitive des raisins contre les attaques tardives de l'oïdium, avant que le développement
du champignon ne soit arrêté après la véraison lorsque les baies renfermeront plus de 8
% de sucre. Ce traitement ne se justifie qu'en cas d'invasion importante.
Pour les cépages assez résistants, on peut se contenter des deux premiers traitements,
mais pour les cépages très sensibles, il est nécessaire de multiplier les applications, (une
ou deux) en fonction du développement de la maladie.
Les soufres agissent par leur émission de vapeur, ce qui permet de corriger, dans une
certaine mesure les imperfections des traitements, qui ne couvrent pas toujours tous les
organes à protéger. Les traitements doivent être réalités par temps sec et chaud, sinon
leur efficacité diminue par temps froid et couvert.

L’an 2001 fut une années particulièrement propice aux attaques d’oïdium.

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