L'Ortenbourg

Visite du site :
En venant de la Huenelmuehl, peu avant d'arriver à l’Ortenberg (ou "Ortenbourg", d'appellation récente), au niveau de la cote 380, vous pouvez apercevoir le château de Ramstein dont l'accès est interdit compte tenu du mauvais état de la ruine. Il subsiste des vestiges d'un gros donjon habitable et d'une partie de l'enceinte basse. Ce château de faible importance doit son origine au siège de Ortenberg à la fin du Xlllème siècle.
Revenez sur vos pas pour gagner Ortenberg. Le sentier débouche sur une plate-forme dominée par la masse du château. Repérez le sentier qui grimpe dans la végétation sur votre gauche ; après une cinquantaine de mètres, abandonnez le sentier principal et prenez à droite.
Ce petit détour vous permettra de rejoindre le sommet de la contre-escarpe (talus extérieur du fossé) et d'être face au côté de l'attaque du château. C'est d'ici que l'on peut le mieux comprendre tout l'intérêt du plan de Ortenberg.
En effet, un éventuel assaillant ne pouvait déployer des machines de jets que sur le sommet qui se trouve derrière vous, ceci pour des raisons d'espace, d'assise et de sécurité, les autres versants étant trop raides. Le constructeur de Ortenberg a donc volontairement choisi ce site en bout de crête pour n'avoir à défendre le château contre du matériel de siège lourd que sur un seul côté.
C'est là qu'il a placé un donjon pentagonal destiné à faire ricocher et dévier tout projectile (32 m de haut). Le triangle du pentagone est massif. Ce donjon est lui-même protégé par un haut mur polygonal percé d'archères : la chemise haute. Des trous carrés au sommet de la chemise et du donjon, les trous de boulins (poutres), permettaient la fixation de galeries de bois en encorbellement, les hourds, servant à la défense verticale; les portes qui permettaient d'y accéder sont également visibles.


Ortenberg. Essai de reconstitution (dessin D. Millius d'après Th. Biller)

Le Haut Château vu du Sud. A noter: En bas à gauche, la porte d'accès au chemin de ronde de la basse-cour. En bas à droite, la fente d'éclairage et d'écoulement de l'évier des cuisines. Au sommet du mur, la trace des merlons et des créneaux murés à la fin du Moyen-Age, les corbeaux et les trous de boulins servant à l'ancrage des hourds.

Le chemin de ronde crénelé était situé juste au-dessus des hourds. La chemise et le donjon offraient ainsi six étages de tir pour la défense active. La masse des murs assure la défense passive en formant écran, bouclier, à la partie habitable située à l'arrière bien à l'abri. Contrairement à la façade donnant sur la plaine, abritée des tirs, le côté de l'attaque ne présente aucune fenêtre et pour cause !
Descendez dans le fossé frontal artificiel (creusé dans le granite) et suivez le sentier pour découvrir la porte de l'enceinte de la basse-cour. Remarquez la fente de tir en forme de croix qui la défend. Un sentier en épingle à cheveux permet d'accéder à la porte du haut château. Le pont en bois qui enjambe l'espace entre la rampe d'accès et la tour de la plate-forme était autrefois un pont-levis, adjonction du XV, s. Une fois à l'intérieur du château, on peut distinguer deux parties nettement séparées
-à gauche, la partie habitation caractérisée par les grandes fenêtres géminées du premier étage, avec encadrements en grès (plus propice à une taille décorative). Au rez-de-chaussée, repérez la grande cheminée accolée à un évier (cuisine) au fond du bâtiment sur la gauche. Au sommet des murs, au niveau du chemin de ronde, de grandes pierres de grès sculptées en forme de gouttières permettaient autrefois de drainer l'eau des toitures vers la citerne.
- à droite, derrière le mur intérieur, le donjon et le haut mur (chemise) qui l'entoure: c'est la partie militaire. Entre le donjon et le mur intérieur, un grand espace vide correspond à la citerne ; l'absence de puits s'explique par la nature du support rocheux granitique et imperméable. L'accès au donjon se faisait à l'étage par la porte située à un tiers de sa hauteur sur la face arrière de la tour. Cette porte était accessible par une passerelle reliant la chemise haute et le balcon autrefois construit en avant de la porte (trace de fixation). L'espace compris entre le donjon et la chemise était fermé par une série de planchers dont les traces d'ancrage sont encore visibles. Autre innovation pour l'Alsace du milieu du XIII, s., l'utilisation systématique de grandes archères à niche (chambre de tir dans l'épaisseur du mur) permettant un maniement aisé de l'arc ou de l'arbalète.

Source plan Th. BillerLégende :

A - Donjon pentagonal
B - Chemise Haute
C - Basse Cour
D - Porte Principale
E - Rampe d'accès
F - Poternes
G - Palas
H - Escarpe
I - Contre Escarpe
J - Fossé
K - Côté de l'attaque
L - Citerne

M- Porte Haute

Historique
Ortenberg, sur le territoire de Scherwiller, occupe une place privilégiée parmi les châteaux alsaciens. Construit de 1262 à 1265 pour Rodolphe de Habsbourg, il nous est parvenu dans un remarquable état de conservation, sans modification fondamentale de son plan d'origine et c'est justement l'aboutissement de ce plan qui fait son intérêt.
Le château fut assiégé en 1293 par le Bailli impérial, Othon d'Ochsenstein. Ce siège est à l'origine de la construction du Ramstein, le château inférieur, base des assiégeants. Pris, après un long siège, le château est restauré et adapté aux besoins militaires nouveaux.
Au XVème siècle, on tente d'adapter la vieille forteresse aux canons (ouverture circulaire pour le passage des tubes de canons, pratiquée dans la base des meurtrières).
En novembre 1470, le Duc de Bourgogne assiège et prend le château, à la tête de 1 600 cavaliers, 3 400 piétons et 60 artilleurs, charpentiers et maçons. Odenberg est défendu par 22 hommes. Après inspection, les Bourguignons qualifient Ortenberg de "très belle petite place forte " défendable par peu d'hommes. Le château est cependant en piteux état.
Restauré partiellement au XVIème siècle, le château est incendié pendant la Guerre de trente ans.

D.Millius


1er niveau de meurtrières à niches du mur Est de la chemise

Accès :
Le château n'est accessible qu'à pied.
Itinéraires pédestres conseillés:

· A partir de la Huenelmuehl (à la sortie ouest de Scherwiller en direction de Châtenois - D 35 Route du Vin - prendre la route goudronnée à hauteur du premier grand virage, à droite). Suivre ensuite le rectangle rouge (GR5) qui vous mènera en 40 mn à la ruine.

· à partir de Dieffenthal, depuis l'église, suivre le triangle rouge.

Le G.R.5 traverse une zone qui fait l'objet d'un arrêté de biotopes.
Attention, vous êtes dans un milieu fragile!

Pour en savoir plus
"L’Ortenberg et le Ramstein - Deux ruines, une histoire commune." Jean Pons - Syndicat d'initiative - Châtenois/ Scherwiller – 1968
"Le château d'Ortenberg."
Ch. L. Salch - Centre d'Archéologie Médiévale - Strasbourg 1989

Autres sites à voir à proximité
-Château du Bernstein: 50 mn à pied à partir d'Ortenberg (rectangle rouge), Bernstein est le précurseur d'Odenberg, avec cependant, un plan beaucoup moins sophistiqué.
- Châtenois : Eglise St Georges et Cimetière fortifié
- Dieffenthal : Site géologique du circuit des roches

Renseignements
Office de Tourisme de Châtenois/Scherwiller
Tél. 03 88 82 75 00 ou 03 88 92 25 62 ou mairies

A un quart d'heure de Saint-Hippolyte

 

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